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Le billet d'humeur du prof

Le billet d'humeur du prof

Un regard sur l'école

Enseigner en 2091

        Ce qui va suivre n'est que pure fiction. Toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Encore que…

 

MagLive – 03/03/2091

 

        Comme chaque semaine sur MagLive, nous interrogeons les acteurs de ces métiers oubliés. C'est au tour de Clarence, professeure, de nous expliquer son quotidien au travail, une profession pour laquelle elle a été choisie… Enseigner en 2091, c'est notre enquête de la semaine.

 

        Dès 10h, nous retrouvons Clarence qui commence sa journée de professeur. Les établissements sont tenus de commencer les cours à partir de 9h30, pas avant. Il ne faut pas brusquer le « capital cognitif » de l'apprenant. Au collège 8 du département de Seine et Marne, les cours débutent à 10h30. C'est une des fiertés de Clarence.

 

Pourquoi si tard ?

 

Nous devons nous coller aux attentes de l'élève. Nous avons constaté qu'avant cette heure, ils n'étaient pas suffisamment réveillés. Plutôt que stagner comme les établissements de secteur, nous avons su aller de l'avant.

 

A deux, la journée ne semble pas trop longue dans cette seule et unique pièce que compose désormais un établissement scolaire ?

 

On s'y est habitués. Le responsable informatique et moi-même gérons les 2082 élèves de l'établissement et tout se passe très bien. Il gère les problèmes techniques et moi je gère le contenu à répartir dans les différents groupes de compétences. Tout est fait automatiquement mais parfois je dois faire quelques modifications. L'intelligence artificielle ne peut pas tout faire !

 

Vous semblez vous être accommodée à cet enseignement pratiqué depuis maintenant dix ans. N'avez-vous pas appréhender avant d'occuper ce poste de professeur nouvelle génération ?

 

J'ai été choisie. Je sais que c'est la place que je dois occuper aujourd'hui. On avait besoin d'une professeure aux petits soins des « opérateurs » de demain. J'ai à cœur de veiller à l'acquisition des compétences nécessaires à la réussite de chacun des élèves. Mon but, c'est que sur les bilans de compétences annuels, tout soit au vert.

 

Mais quels sont vos moyens pour remédier aux difficultés que certains élèves rencontrent ? Certaines associations de parents d'élèves parlent d'une certaine forme d'inégalité que subissent de plein fouet les élèves des quartiers populaires.

 

Notre collège est doté d'une application révolutionnaire. Remed+ détecte les élèves qui ne suivent pas comme les autres et proposent un accompagnement. En d'autres termes, on leur envoie des activités ludiques complémentaires jusqu'à temps qu'ils progressent. Si rien n'y fait, Remed+ réoriente l'élève automatiquement vers les classes dites « futurs exécutants ». La détection est automatique. Inutile de vérifier ou valider, c'est l'application qui s'en charge !

 

Que pensez-vous des détracteurs de cette école ? Le collectif « A Mort le Pédagogisme Capitaliste » dénonce une école à deux vitesses. Vous auriez aggravé le principe selon lequel les élites se reproduisent inéluctablement au détriment des pauvres pour qui la mobilité sociale n'est plus qu'un lointain souvenir.

 

L'AMPC tourne en boucle depuis des années. Je les invite à venir dans mon établissement. Ici, l'intelligence artificielle fait ses preuves. Tous nos logiciels sont performants et en ma qualité de professeure, je veille à ce que tout se passe au mieux. Puis, les élèves sont heureux, ils communiquent sur l'espace d'échanges numérique de l'établissement. Les smileys parlent d'eux-mêmes. Ils n'ont qu'à venir voir

 

Racontez-nous une journée lambda.

 

A 10h30, les élèves commencent les activités. En fait, ce sont des mises en situation d'apprentissage naturel. Je n'aime pas le terme « activité », c'est comme si les élèves étaient maltraités. Ce n'est pas le cas dans l'école d'aujourd'hui. L'apprenant est à la fois source, vecteur et refuge des savoirs et ce, dans un processus tout à fait spontané.

S'ils ne sont pas connectés à 10h30, l'alarme s'enclenche. Puis, ils rattrapent les minutes perdues à partir de 15h. Quand un problème technique est remonté, mon collègue s'en charge et c'est assez vite réglé. Quant à moi, je dois parfois gérer les contestations de parents. Ils n'acceptent pas toujours la réorientation « futurs exécutants ». Il faut leur expliquer que ce n'est pas une voie de perdants. C'est une des possibilités, voilà tout. Par ailleurs, durant la journée, en visio-conférence, je fais remonter assez régulièrement à la direction académique les performances de l'établissement. Je peux vous dire qu'à la fin de la journée, j'ai qu'une hâte, c'est de rentrer chez moi pour me reposer de cette journée éreintante… Heureusement, la passion du métier me fait tenir !

 

Croyez-vous sincèrement en ce nouveau système ?

 

Il faut encore du temps pour que tout le monde s'y habitue. Mais j'y crois dur comme fer ! Tous ces élèves ont droit aux technologies qui allient intelligence artificielle et ludo-pédaogie, comment ne pas s'en féliciter ? On me critique souvent car mes enfants ne sont pas dans l'école publique. Je ne la crains pas, mais je préfère leur proposer autre chose.

 

Où scolarisez-vous vos enfants ?

 

J'ai deux enfants et j'ai fait le choix de les scolariser dans l'Institut Source Savoir. Là bas, loin des écrans, les élèves ont des professeurs qui leur font redécouvrir le plaisir de la lecture. Les livres sont le point d'appui. C'est vrai que c'est surprenant mais j'ai choisi cette alternative. Mes enfants ne sont pas comme les autres.

 

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