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Le billet d'humeur du prof

Le billet d'humeur du prof

Un regard sur l'école

Enfant roi, parent roi (2)

        Les professeurs sont nombreux à pouvoir raconter des anecdotes qui engagent les réactions de parents d'élèves ô combien curieuses et qui participent à aggraver le désordre dans une salle de classe. Voici le deuxième témoignage d'un chaos général où les acteurs essentiels de la réussite des élèves ont perdu tout sens du discernement.

 

Un mot dans le carnet

 

        Les collègues avaient prévenu. Son père est compliqué. Il donne raison à son fils peu importe la situation et son attitude. Cet élève, en conséquence, assez sûr de lui, se permet un matin de perturber de bout en bout le cours. Rien ne semble l'arrêter. Les avertissements n'ont fait que renforcer son désir de défier toujours plus le professeur.

 

        A la fin de la séance, je mets un mot dans son carnet de correspondance. Je me souviens après avoir fait état du comportement inacceptable dont cet élève s'est rendu coupable, d'avoir conclu par une formule qui ressemblait à : « Veuillez rappeler à X que la salle de cours n'est pas un espace de récréation.»

 

        Le cours suivant, contre toute attente, l'élève perturbateur arrive goguenard dans la salle de classe. Il se précipite vers moi pour me remettre le carnet de correspondance et pour m'informer que son père avait répondu. J'en étais ravi. Il est si rare que des parents d'élèves répondent aux mots inscrits dans le carnet de liaison. Quelle belle surprise ! Voilà un parent qui soucieux de la réussite de son fils, prend le temps de lire et répondre aux messages des professeurs.

 

« Je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous. »

 

        Pendant qu'ils notaient le cours, j'ai pris connaissance du message. Le parent d'élève faisait fi de toutes les remarques que j'avais écrites sur son fils. C'est comme s'il avait omis de lire tout le premier paragraphe qui racontait avec précision les commentaires déplacés proférés par l'élève, les bavardages incessants, son insolence, et j'en passe. En réalité, il semblait ému par la formule citée plus haut qui l'invitait à faire prendre conscience à son fils combien la posture qu'il avait choisie d'adopter dans ma classe n'était pas appropriée. En effet, la seule réponse à laquelle j'ai eu droit est la suivante : « Monsieur, je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous. »

 

        D'abord abasourdi, j'indique à l'élève que je vais garder le carnet, le temps de rédiger un mot et ainsi répondre à son père. C'est la moindre des politesses. Pensant bien faire, je rappelle au parent d'élève que la formule choisie bien qu'à la forme impérative n'a pas valeur d'ordre. Au contraire, elle exprime une demande de façon courtoise. Puis, j'ajoute mon étonnement devant l'absence de réaction quant à l'inquiétante dérive de son fils qui fait le choix de l'insolence au détriment de sa réussite. Il me semblait nécessaire de répondre à ce message. L'élève aurait pu croire qu'il pouvait faire ce qu'il voulait dans mon cours sous le prétexte que son père le soutenait.

 

Pas de vagues

 

        Mais ce n'est pas tout. Le pire reste à venir. Rassuré d'avoir su quoi répondre au message plus qu'incorrect de ce parent d'élève, je rends le carnet de correspondance à l'intéressé après avoir photocopié les pages de ce vif échange. Conseillé par des collègues, je rends compte de cet incident à la Principale de mon collège et lui fais lire la correspondance que j'ai entretenu avec ce parent d'élève. Pensant obtenir son appui, elle m'explique qu'il ne fallait pas répondre comme je l'avais fait et qu'il fallait d'abord que je la sollicite dans de tels cas litigieux comme celui-ci. C'était fait maintenant. Trop tard.

 

        J'étais une fois de plus stupéfait devant la réaction de ce personnel de direction. Un élève met à mal l'ambiance de classe. Le professeur informe le parent d'élève de la situation et voici qu'il est accusé par son supérieur hiérarchique d'oser y répondre. Pas de vagues. Comme si arrondir les angles aurait été la bonne solution !

 

Ironie de l'histoire

 

        Après ma réponse, j'ai attendu plusieurs semaines celle du père de l'élève en question. Quand il entrait en classe, je le regardais pour lui montrer ma pleine disposition à prendre connaissance d'un éventuel mot de son père. Aucune réponse ne m'a été adressé. Mieux encore, l'élève a adopté une attitude de plus en plus sérieuse. Il avait compris que ce petit jeu ne fonctionnait pas toujours.

 

        Cette anecdote est le témoignage des tentatives de parents à mettre leurs enfants au dessus des règles pourtant imposées à tous. Cet enfant n'est roi que parce qu'il y a été invité par son père. Il eût été plus courageux que de proposer un entretien avec le professeur en présence de son fils dans le but de faire évoluer son comportement dans le bon sens. N'est-ce pas là la responsabilité des parents ? Vouloir déstabiliser un professeur qui débute est une drôle de manière que de montrer à son fils l'attitude modèle qu'un parent est censé donner à voir.

 

 

        Si l'enfant est roi, c'est aussi et surtout parce que le parent est roi et que l'institution permet ces postures revanchardes en les craignant. Quand l'Education nationale assumera sa fonction d'éducateur, l'institution et ceux qui la représentent seront aux cotés des professeurs qui refusent d'accorder un traitement de faveur aux parents qui se pensent au dessus des lois. Quand l'école républicaine assumera son autorité, professeurs et parents d'élèves travailleront main dans la main au service de la réussite des citoyens de demain.

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